ASSOCIATION   des  BERNIER
La  FONDATION

L'Association des Familles Bernier
d'Amérique Inc., fondée le 5 octobre 1958, arrive cette
année 1998 à son quarantière aniversaire de fondation.
Ne convient-il pas de regarder un peu en arrière pour
voir les succès qui fleurissent son blason, les épreuves
subies, ou tout simplement pour se remémorer quelques
souvenirs de famille? Pourquoi ne pas en profiter pour
corriger quelques inexactitudes qui ont encore cours dans
son histoire? L'Association a connu des débuts brillants;
elle a à son actif plusieurs réunions nationales et
régionales fort bien réussies, des publications
nombreuses, etc...

 Tout en nous rappelant ces souvenirs,
pourquoi n'irions-nous pas plus avant dans le passé, pour
scruter justement jusqu'aux racines, l'arbre qu'est
devenue notre Association? Ce dernier est devenu
mature et est assuré de sa survie. La date ci-dessus
mentionnée (5 octobre 1958) est une date qui fait
mémoire dans notre histoire. Mais qui sait que
l'Association n'a pas vu le jour d'un seul coup?  Que
plusieurs années ont préparé son éclosion? Qu'on en
parlait déjà le 12 septembre 1952?

 Que s'est-il passé durant ces six années?
C'est ce que j'essaierai de vous faire connaître au cours
du présent chapitre. Mes renseignements et mes sources,
je les ai puisés au bon endroit: soit dans les archives
privées de la Société Généalogique Canadienne-Française
de Montréal, ou dans celles de l'Association même des
Familles Bernier.
 Comme je le disais précédemment,
l'Association des Familles Bernier d'Amérique Inc. fut
officiellement fondée le 5 octobre 1958; il ne faut pas
croire qu'elle est née spontanément!

 L'idée première en est venue six ans
auparavant, soit le 12 septembre 1952, jour de la
consécration épiscopale de Mgr Paul Bernier,
Archevêque-Evêque titulaire de Laodicée et Nonce
Apostolique à Costa Rica et  à Panama.

 Ce jour-là, Mgr Paul Bernier, devant les
membres de sa famille et un groupe d'intimes, parla avec
tant d'émotion des ancêtres qu'il vint à l'un des invités,
Monsieur Irénée Daigle, alors vice-président de la Société
Généalogique Canadienne-Française (Société dont Mgr
Bernier était membre) l'idée d'organiser un congrès des
Familles Bernier.

 Moins d'un an après, soit le 16 juillet 1953,
Irénée Daigle écrivait à Mgr Paul Bernier en ces termes:
«J'ose espérer que vous daignerez m'accorder une entrevue
afin que je vous communique un projet que je mûris
depuis la réunion intime du 12  septembre 1952, alors que,
devant votre parenté, vous évoquiez avec tant d'émotion le
souvenir de vos premiers ancêtres mariés au Canada en
1656. Voici que je viens d'être mandaté par la Société
Généalogique pour jeter les bases d'un comité provisoire
du congrès des Familles Bernier, afin de célébrer
dignement le troisième centenaire du mariage de Jacques
Bernier dit Jean de Paris, avec Antoinette Grenier, le 23
juillet 1656. Je ferai le travail préparatoire, en témoignage
de gratitude à l'égard de votre Excellence, avec la certitude
d'obtenir, avec vos directives générales, votre présence à ce
grand congrès que vous présideriez en juillet 1956».

 Les démarches allaient bon train. Il y
aurait un grand ralliement en 1956 des Familles Bernier
pour marquer le troisième centenaire du mariage de
l'ancêtre Jacques Bernier en Nouvelle-France. Le «Petit-
Journal de Montréal» annonçait à ses lecteurs que: «L'an
prochain, la Société Généalogique organisera de grandes
fêtes  pour marquer le troisième centenaire de la recrue
Jacques Bernier marié à Québec en 1656. Ces fêtes
gouperont tous les descendants de ce hardi pionnier sous le
distingué patronage de Mgr Paul Bernier, membre de la
Société Généalogique et Nonce Apostolique à Panama».
Le «Mois Généalogique, publiant la même nouvelle
ajoutait: «Le secrétaire honoraire, Monsieur Irénée
Daigle, est le président du comité d'organisation de ces
fêtes».

 Mgr Paul Bernier avait donné son entière
approbation à toute initiative devant mener à ce
ralliement des Bernier. Dans une lettre adressée à Irénée
Daigle, il s'exprimait ainsi: «Je prie Dieu que ce congrès
des Familles Bernier auquel vous travaillez déjà avec
ténacité et cette sagacité que je vous connais, ravive, chez
tous les descendants de Jean de Paris et d'André Bernier
de Charlesbourg, la vaillance et la magnanimité
chrétienne qui ont fait si féconde et si belle, la vie de nos
premiers ancêtres...»

Fort d'un si haut encouragement, Irénée
Daigle travailla à l'organisation d'un comité provisoire en
vue de cette réunion. Par lettre, il s'adresse à un Bernier
de la vieille Capitale (Québec), en ces termes: «Cette
grande réunion des Familles Bernier devrait se tenir à la
fin de juillet 1956. Consentez-vous à m'aider dans
l'organisation du comité provisoire, en
 
m'indiquant  les principaux Bernier qui s'intéresseraient
au projet? Il est bien entendu que la Société Généalogique
et moi-même n'avons aucun but commercial dans cette
organisation. Dès que le comité Bernier sera formé, nous
lui laisserons toute initiative, nous contentant de collaborer
bénévolement par nos recherches et nos publications»
Irénée Daigle n'a jamais eu de réponse à cette lettre
pourtant reçue par le destinataire.

 Devant ce qu'on peut appeler un refus
tacite, Irénée Daigle s'adresse directement à la section
généalogique de Québec. Il écrit à ce propos à Monsieur
Gérard Gallienne, alors président de ladite section: «A
diverses reprises, j'avais demandé à Monsieur Roland-J.
Auger de communiquer avec la section de Québec, par
lettre ou par une visite, afin que la section de Québec se
charge d'organiser ce congrès avec notre aide. Monsieur
Auger m'avoue avoir oublié. Comme le temps presse, je
m'adresse directement à la section de Québec pour qu'elle
prenne en main le projet. Québec ne compte-t-il pas
d'habiles organisateurs de fêtes de familles: les Gagné-
Bellavance, les Poulin, les Gravel, etc...»

 «Je désire fortement que ce projet se réalise,
c'est pourquoi je suis prêt à m'éclipser, car j'ai conscience
que l'organisation doit venir de Québec, quitte à collaborer
de toutes mes forces».  La section de Québec ne daigne
même pas répondre à cet appel pressant, empreint d'un
esprit de désintéressement.

 Probablement découragé du fait que ses
efforts aboutissent invariablement à des insuccès,
dégoûté peut-être par le manque d'enthousiasme de
ceux-mêmes  dont c'était la cause, Irénée Daigle, devant
des échecs qui lui laissent peu d'espoir, décide de ranger
le projet, avec toute la paperasse, dans ses classeurs.

 Il aura tenté par tous les moyens, on l'a vu,
de jeter les bases d'une fondation à Québec même. Les
cousins de la vieille Capitale (Québec), semble-t-il, n'ont
pas saisi tout de suite l'importance d'une telle association
de familles. Trois années s'écouleront au cours desquelles
on n'entend plus parler du ralliement des Bernier.
L'échec momentané d'Irénée Daigle, l'éloignement de
Mgr Paul Bernier, à Panama, n'auront pas aidé à la
réalisation d'une fête familiale pour 1956, année
proprement dite du tri-centenaire du mariage de notre
premier ancêtre en Nouvelle-France.

 Au début de l'année 1958, Mgr Paul
Bernier, ayant été nommé Archevêque-Evêque de Gaspé,
revient  au pays. De nouveau au milieu des siens, il tente
de redonner au projet de 1952 l'essor qui l'amènera au
point  de réalisation. Il faut d'abord ranimer le courage
et l'orgueuil d'Irénée Daigle. A cet effet, Mgr Paul
Bernier, tenace et persévérant, dans une lettre datée du
mois de février 1958, lui demandera sans doute sur un
ton de taquinerie: «A quand le congrès des Familles
Bernier?»

 Le vice-président de la Société
Généalogique  de Montréal, ne sera pas lent à reprendre
le projet et à travailler à son aboutissement. Le 15 mars
de la même année, il répond à Mgr Paul Bernier, lui
faisant un rapport détaillé et à  point, dont voici un
extrait: «J'ai rencontré le Père David Levack, c.ss.r. (boul.
Décarie, Montréal), de trois à quatre heures samedi après-
midi. Il arrivait de voyage. Ce Père a été l'organisateur du
congrès des Levasseur, l'an dernier. Il s'occupe activement
de celui des Lessard pour septembre prochain. IL croit que
le rassemblement des Bernier est facilité dès le début parce
qu'un évêque Bernier s'intéresse au mouvement. Le Père
Levack m'a promis l'appui de son expérience, bien qu'il
soit très pris par les Lessard. Il m'a prié de faire toutes les
démarches préliminaires et de voir au secrétariat».

 Pouvons-nous reprocher à Irénée Daigle
d'avoir eu recours à des étrangers pour l'aider à fonder
l'Assocation des Familles Bernier? Que pouvait-il espérer
d'autre après le refus de collaboration des premiers
intéressés, cinq ans auparavant? Néanmoins, il tentera de
créer un noyau de Bernier recrutés en majorité à
Montréal, cette fois.

 De nouveau, il expose son plan à Mgr Paul
Bernier: «Je rencontrerai, un par un, vingt à trente
Bernier laïcs parmi les plus influents, afin de nous
assurer de leur concours. Ensuite, nous tiendrons une
réunion de deux heures, soit à l'hôtel Windsor de
Montréal, soit au Château Frontenac de Québec. Le Père
Levack parlera. Tout sera prévu pour l'élection d'un
président et la formation d'un secrétariat général. Le
Père Levack m'a bien précisé que toute l'organisation
doit reposer sur trois personnes: le président, l'animateur
et le secrétaire général. Un communiqué sera alors
envoyé à 240 quotidiens et hebdomadaires, comme il l'a
fait pour les Lessard».

 «Je me propose  de rencontrer: 1) Tran-
chemontagne de Montréal, 2) Yves Bernier, avocat de
Québec, 3) Maurice Bernier, votre frère de Québec), 4) un
Bernier de l'Impôt sur le Revenu, qu'on dit très influent, 5)
Victor Bernier, entrepreneur-général qui demeure près de
chez moi, et quelques autres. La fête des Bernier
commencerait par votre messe pontificale et se terminerait
par un banquet au Château Frontenac de Québec».

 Le 23 septembre 1958, «La Presse» de
Montréal, tout comme les autres journaux, annonçait une
réunion préliminaire à Sainte-Anne-de-Beaupré: «La
Société Généalogique convoque toutes les Familles Bernier
et leurs alliés, à Sainte-Anne-de-Beaupré, dimanche le 5
octobre 1958, à l'occasion du tri-centenaire de ce
Sanctuaire, et du pèlerinage du diocèse de Gaspé sous la
direction de Mgr Paul Bernier. Ce rassemblement a aussi
pour but de jeter les bases d'une association des
descendants de Jacques Bernier dit Jean de Paris et
d'André Bernier de Charlesbourg. Mgr Bernier, le nouvel
Archevêque-Evêque de Gaspé a bien daigné patronner ce
premier rassemblement avec le concours de la Société
Généalogique».

 A la même date, «Le Devoir» de Montréal
invitait tous les Bernier à faire partie de la future
association: «Ceux et celles qui ne peuvent se rendre à
Sainte-Anne-de-Beaupré peuvent s'inscrire à l'association
en envoyant leurs noms et adresses au secrétariat de la
Société Généalogique, 3818 boul. LaSalle, à Verdun».

 Enfin, après tant d'années de labeur, on
avait réussi à grouper environ deux cents Bernier autour
de l'évêque de Gaspé, descendant, comme on le sait, de
Jacques Bernier dit Jean de Paris.
 
 Mgr Paul Bernier, qui avait gardé son titre
d'archevêque même dans un diocèse qui n'était
qu'évêché, avait fait l'éloge de la famille en terme
dynamiques qui touchèrent profondément les coeurs,
réchauffant le patriotisme endormi. Après cette
allocution prononcée dans la crypte de la basilique
Sainte-Anne-de-Beaupré, on choisit les membres qui
deviendraient officiers fondateurs de l'Association des
Familles Bernier. Les élus acceptèrent de travailler
ensemble, le coeur rajeuni, l'esprit piqué par l'histoire
émouvante de leur lignée ancestrale évoquée plus tôt par
Mgr Paul Bernier.

 L'Association des Familles Bernier était
fondée officiellement. Irénée Daigle, digne fondateur,
revenait à Montréal, heureux, conscient d'avoir enfin
réussi, non sans difficultés, à faire démarrer ce
groupement de familles. Il s'est mérité l'estime et la
reconnaissance de tous les BERNIER  associés ou non. Il
était devenu officiellement le FONDATEUR DE
L'ASSOCIATION DES FAMILLES BERNIER
D'AMÉRIQUE,

 L'équipe nouvellement formée se mit alors
à l'oeuvre à Montréal. Ils étaient dix. A Mgr Paul
Bernier, l'âme, l'inspirateur de l'association, on avait
décerné le titre de PRESIDENT  D'HONNEUR. Les
nouveaux officiers sont:

1.- Henri BERNIER, de la Cie Tranchemontagne de
 Montréal, avait été nommé président.

2.- Louis-Théophile BERNIER, du Cap-Saint-Ignace,
 nommé 1er vice-président.
 
3.- Jovette BERNIER, de Longueuil, nommé 2ème vice-
 présidente.

4.- Maurice BERNIER, de Québec, a été nommé  3ème
 vice-président.

5.- L'abbé Pierre-A. Bernier, du séminaire Saint-
 Hyacinthe, a été nommé secrétaire général.

6.- Madame Alice BERNIER-BÉLISLE, a été nommée
 archiviste de l'Association.

7.- Cyril BERNIER, de la Maison Provinciale des Oblats
 de Montréal, a été nommé généalogiste.

8.- Le docteur Jean-Pierre BERNIER de Québec, a été
 nommé ler conseiller.

9.- Monsieur Harold-F. BERNIER, de Québec, a été
 nommé 2ème conseiller.

10. L'avocat Yves BERNIER de Québec, a été nommé
 conseiller juridique.

 La première manifestation officielle de ce
premier comité fut de prendre une part très active au
souper du quinzième anniversaire de la Société
Généalogique Canadienne-Française de Montréal, tenu
au Salon Savaria de l'hôtel Queen,  à Montréal, le 22
novembre 1958. Une trentaine de BERNIER prenaient
place à la table du banquet. Le président de l'Association
Henri Bernier, prit la parole et expliqua le voeu «que les
familles Bernier soient toujours l'honneur de la patrie».
C'était une manifestation très chaleureuse; le  fondateur
Irénée Daigle exhibait sa fierté devant l'immense succès
remporté avec tant de misère et de travail. Le Père
Archange Godbout, président de ladite Société, était lui
aussi ravi du succès de son futur successeur.

 A la suite de cet événement social qui
manifestait de la vitalité du comité naissant, Irénée
Daigle pouvait écrire à  Mgr Paul Bernier: «J'ai présidé à
l'élection du comité à Sainte-Anne-de-Beaupré. J'ai
suggéré les noms de BERNIER que j'avais approchés.
Ensuite, j'ai proposé de concert avec l'exécutif de la
Société Généalogique, les charges diverses. Le choix paraît
maintenant bon. Actuellement, le comité est plein d'ardeur
avec comme principaux animateurs: Henri Bernier, de la
Compagnie Tranchemontagne de Montréal, de Mlle
Jovette Bernier, de l'abbé Pierre-A. Bernier. Nous en
espérons autant du groupe de Québec».

 Cependant, la première réunion officielle
du nouveau conseil ne devait se tenir que le 28 janvier
1959, le temps des Fêtes de Noël ne se prêtant guère à ce
genre de réunion.

 Pour faire suite, qu'il me soit permis de
rendre  un hommage  à Irénée Daigle, cheville ouvrière
de notre mouvement, artisan tenace et désintéressé qui
s'est retiré dès que l'Association prit corps. A juste titre,
il peut être fier de son travail de fondateur. Laissons-le,
encore une fois, s'en exprimer à Mgr Paul Bernier:
«Votre serviteur vient de réaliser la promesse d'honneur
qu'il s'était faite le 12 septembre 1952, lorsqu'au palais
archiépiscopal de Québec, il recevait  le message intime
que Votre Excellence communiquait à ses parents et amis.
N'ayant rien à offrir en cadeau en cette occasion, sauf ma bonne
volonté, j'avais pris la résolution d'organiser en association
votre famille distinguée». Le cadeau qu'il offrit à
Mgr Paul Bernier, n'est-ce pas aussi à tous les Bernier
qu'il l'offrait? Les dernières pages exprimaient
l'optimisme. L'Association des Familles Bernier était
lancée. Comment allait-elle progresser? Vous en jugerez
par vous-mêmes à la lecture des comptes rendus des
nombreuses réunions du conseil de l'Association. Ce sont
des résumés succints des procès-verbaux, mais qui vous
donneront quand même l'idée du travail accompli dès la
fondation.