Jacques Bernier, voyageur, maître de barque,
de Fonteney-le-Compte (Vendée), France,
naquit entre 1661 et 1667, (Recensement de 1716) du mariage
de Jacques Bernier et de (illisible). Il
se fixa à Québec et demeurait en 1709 en
la maison de Marie-Gabrielle Denys, veuve de Pierre
Descayrac, de l'Autheur, dont le loyer était en
souffrance. (Ord. des Invendants, 1, page 91).
A son contrat de mariage devant le notaire Rageot,
le 14 septembre 1697, l'homme de loi
écrit comme orthographe du nom de cet arrivant:
Bériner et Rainer. Lors du recensement de 1716, il
habite rue du Cul-de-Sac, dans la basse-ville.
Selon l'auteur Jacques Saint-Pierre, historien dans
un texte publié dans la revue «Cap-
Aux-Diamants», (No. 22, été 1990),
Jacques Bernier aurait été le premier pionnier du cabotage
en
Nouvelle-France. Voici son texte qui fait honneur à
cet ancêtre:
«A l'époque de la Nouvelle-France,
le fleuve joue un rôle de première importance dans
la vie des colons. Pendant longtemps, il constitue la
seule voie de communication entre les divers
noyaux de peuplement. Malgré la mise en place
d'un réseau routier, au XVIIIè siècle, la circulation
fluviale se maintient.»
«Jusqu'à l'avènement du chemin
de fer, le bateau constitue le principal moyen de
transport des marchandises (denrées agricoles,
matériaux de construction, boissons, etc...) On
connaît bien aujourd'hui l'histoire de la construction
navale du XVIIè siècle. Cependant, celle des
débuts du cabotage sur le fleuve reste à
faire».
«Jacques Bernier peut être considéré
comme l'un des pionniers de la navigation sur le
Saint-Laurent. Il s'établit à Québec
à la fin du XVIIè siècle. Son nom apparait pour la
première fois
dans un contrat de société avec le navigateur
Julien Lemaistre daté du 14 octobre 1693. Bernier se
déclare «volontaire». Tout porte à
croire que Bernier entendait ainsi faire ou parfaire son
apprentissage de marin; à l'époque, la
pêche de la morue constitue une véritable école de
marine.
Mais l'association est rompue dès le printemps
suivant et le nom de Bernier disparaît des
documents pendant quelques années».
«Le 7 janvier 1698, il épouse (premier
mariage) Elisabeth Derome. Le couple s'établit
à la Basse-Ville de Québec où Bernier
possède une portion de maison «sur le quay du Cul-de-Sac».
Deux ans plus tard, il la cède à René
Leduc pour la somme de 825 livres.»
«Cependant, il demeure dans le même
quartier jusqu'à sa mort, en 1718. Plusieurs
navigateurs habitent aux abords de la rade du Cul-de-Sac
au recensement de 1716. Cette vocation
se confirme par la suite. En 1744, les deux-tiers des
navigateurs de la Basse-Ville résident dans le
secteur des rues Champlain, De Meule (aujourd'hui rue
Petit Champlain) et du Cul-de-Sac
(aujourd'hui le Boulevard Champlain). La présence
de tonneliers, de charpentiers de navire et
d'autres artisans de la construction navale accentue
la fonction portuaire du quartier».
«De chaloupe en barque... Quelque temps après
son mariage, Jacques Bernier achète
une chaloupe d'environ trente à quarante tonneaux
équipée d'un canot pour la somme de 1400
livres. Il s'engage à faire trois voyages pour
le compte du vendeur, à «savoir deux voyages de bois
de corde, et un voyage de Courbe ou autre bois de charpente
lequel voyage led. Bernier sera tenu de
faire es environs de cette ville... pourveu qu'il n'y
ayt que la distance de cinq lieues...» Il semble que
le transport du bois de chauffage représente la
principale activité de Bernier pendant une dizaine
d'années. Ces transports se faisaient sur de courtes
distances».
«Selon le témoignage de Gédéon
de Catalogne, les seigneuries de la rive sud, depuis les
limites du gouvernement de Trois-Rivières jusqu'à
La Durantaye, et certaines seigneuries de la
région de Portneuf approvisionnaient la ville
de Québec. Ce commerce devait procurer de bons
bénéfices par plusieurs particuliers, notamment
les habitants de la campagne, s'y adonnent en
utilisant des embarcations de divers types: chaloupes
et charrois».
«En 1708, Jacques Bernier change d'orientation.
Il passe un marché avec les frères
Dusault, charpentiers de navire à Neuville. Ces
dernier s'engagent à «faire et parfaire audt Bernier
le corps d'un bâtiment de trente-cinq pieds de
quille exepté la menuiserie... Et de ponter ledit
bâtiment avec chambre la porte dicelle comprise;
et non la poupe...» Bernier fournit le bois et les
autres matériaux sauf le mât et les vergues.
La barque construite par les frères Dusault est baptisée
Le St-Jean. Elle jauge environ 35 tonneaux.»
«Avant de posséder sa barque, Bernier
a probablement effectué des transports de
marchandises de Québec à Montréal,
mais les archives restent muettes à ce sujet avant 1709. Cette
année-là, il prend à son bord une
cargaison de vin, d'eau-de-vie et de diverses marchandises sèches
destinées à certains marchands et individus
de Montréal. Le transport des marchandises
transbordées des cales des navires amarrés
dans le port de Québec ou des entrepôts de la Basse-
Ville étaient une des occupations principales
des navigateurs. Jacques Bernier ne se limite
cependant pas à ce cabotage entre les deux villes».
«Au printemps de 1710, il s'engage à
faire le voyage à Plaisance, à l'Ile de Terre-
Neuve, pour le compte des marchands Joseph Riverin et
Louis Prat. L'année suivante, il effectue un
autre voyage au même endroit pour le Sieur Perroy
de Rezy. Il retourne en 1712 avec une cargaison
de farine et de biscuits pour les Sieurs d'Artigny et
De Lanoraie. Il transporte également huit
moutons avec «le foin et avoine seulement qi'il
faut pour les nourrir pour le fred desquels led.
Bernier aura les deux hutièmes du prix de la vente
qui en sera faite sils vivent tous jusques aud.
lieu». Le marché prévoit aussi la
durée du séjour à Plaisance, qui ne doit pas excéder
douze jours».
«Parti à l'aventure de la navigation,
Bernier rebvient à Québec assez tôt, car un
document mentionne sa présence à Montréal
le 22 août «où il est allé conduire sa barque».
Bernier
ne semble pas être retourné par la suite
à Plaisance, qui échoit aux Britanniques par le traité
d'Utrech en 1713.»
«En 1714, il s'associe à Joseph Fleury
de la Corgendière dans un transport à Mingan
et, en 1716, il fait route vers Louisbourg pour le compte
de deux boulangers de Québec avec une
cargaison de pois, de farine et de biscuits. Ses deux
partenaires l'accompagnent. Ils amènent
chacun trois moutons avec le fourrage nécessaire
pour la traversée. Bernier doit séjourner quinze
jours à Louisbourg.»
«Il représente probablement l'un des
premiers navigateurs québécois à ravitailler le
poste qui allait succéder à Plaisance comme
principale base navale française dans le golfe Saint-
Laurent. Bernier conaissait déjà depuis
un bon moment l'Ile du Cap-Breton. En engageant son
pilote, en 1712, il avait prévu effectuer un détour
par le Cap-Breton avant de revenir à Québec».
«Les équipages... Dès l'époque
où il n'était que maître de chaloupe Jacques Bernier
s'était assuré les services de matelots.
Deux contrats se retrouvent encore dans les archives et
concernent des résidents de la Durantaye et de
Saint-Laurent, à l'Ile d'Orléans. Pour manoeuvrer sa
barque, Bernier s'entoure d'un équipage plus important.
En plus d'un matelot, il a recours aux
services d'un pilote, François Dusault, l'un des
deux charpentiers qui l'avaient construite, et
Michel Derome dit Descarreaux, son beau-frère.
Il ne semble pas avoir repris la mer après son
voyage à Louisbourg. Il meurt à Québec
au mois de janvier 1718. Estimée à 4000 livres, la barque
St-Jean fera l'objet d'une adjuration quelque temps après».
Cyprien Tanguay, dans son volume «A travers
les Registres, page 103» relate le fait
suivant: le 25 mai 1708 a eu lieu la sépulture
de Louis Richet, anglais, âgé de 28 ans, noyé le 1er
mai
dans la barque de Jacques Bernier, bon catholique et
soigneux de recevoir les sacrements. Il avait
refusé les offres des Anglais pour demeurer dans
ce pays et conserver sa religion (Registre de
Montréal).
Jacques Bernier s'éteint au moment où
Louisbourg n'est encore qu'un modeste poste de
pêche. Il faut en effet attendre l'année
1719 avant que ne débutent les travaux de fortifications qui
assureront à la ville le rôle de capitale
de la colonie acadienne et d'entrepôt du commerce
intercolonial.
Le port de Québec connaîtra alors un
formitable essor. La multiplication des échanges
favorise le développement des métiers liés
à l'activité maritime. En 1744, la Basse-Ville compte
une
cinquantaine de navigateurs, soit trois fois plus
qu'en 1716 alors que la population du quartier
s'accroît à peine de 35 pour cent durant
la même période. Bernier apparaît comme un précurseur.
Sa
carrière illustre une étape marquante de
l'histoire du cabotage sur le fleuve.
«Jacques Bernier ne possède aucun lien
de parenté avec le célèbre capitaine Joseph-
Elzéar Bernier (1852-1934). L'ancêtre de
ce dernier, Jacques Bernier dit Jean de Paris, a laissé
une nombreuse descendance dans la région du Cap-Saint-Ignace
et de l'Islet. Il possédait aussi une
barque, mais il s'est occupé principalement de
ses terres. Il était Seigneur de la Pointe-aux-Foins,
un des petits fiefs formant la paroisse de Cap-Saint-Ignac.
Ce Jacques Bernier de Vendée, les gens
l'avaient d'abord connu sous le nom de Jacques Bernier
dit Lajeunesse. Il tenait probablement ce
surnom du précédent propriétaire
de sa maison située «sur le quay du Cul-de-Sac» Léonard
Debor
dit La Jeunesse».
Ce navigateur semble avoir été doué
d'un caractère mal endurant... En effet, il est
condamné, le 21 février 1701 pour avoir
cassé un bras à Sylvain Duplex (Jug. du Couseil Souverain),
et le 30 septembre 1713 (Ibid, VI, 901-903; cf. 724-784),
on le trouve emprisonné à Montréal pour
avoir battu le jeune Jean-Baptiste LeCompte Dupré.
Il entre en procès avec Jean Létourneau, (jug. du
Conseil souverain, IV, 264), Jean Houde, Joseph Prieur,
Jean Soumande, et Marc Jouanne, et il ne
s'en tire pas toujours avec avantage. Il passe sa vie
à naviguer entre Québec et Montréal.
Jacques Bernier avait épousé en premières
noces à Québec, le 7 janvier 1698, Elisabeth
Derome, laquelle fut inhumée à Québec
le 10 décembre 1708. Ils avaient passé contrat de mariage
devant le notaire Rageot le 14 septembre 1697, et en
deuxièmes noces, encore à Québec, le 12
octobre 1711, Angélique Greslon dit Lafontaine.
L'inventaire de la communauté Bernier-Derome fut
fait le 20 mars 1714 seulement devant le notaire Dubreuil.
Jacques Bernier fut inhumé à Québec
le 13 mars 1718 et ses biens furent inventoriés le
17 du même mois par le notaire Cetière.
Sa veuve Angélique Greslon convola en secondes noces à
Québec un mois plus tard, le 22 avril, avec Julien
Cadet (ou Caddé), veuf de Marie-Anne Lesot. Sa
sépulture eut lieu à Saint-Augustin le
21 juillet 1736. Jacques Bernier avait eu du premier mariage
cinq enfants, et cinq également du deuxième.
Du premier mariage:
1.- Geneviève-Françoise Bernier: baptisée
à Québec le 30 avril 1699 et inhumée le 4 juin 1703,
à
l'âge de 4 ans.
2.- Marie-Elisabeth Bernier: née à Québec
le 10 mai 1700. Elle décède à l'âge de 15 ans,
le 9 janvier
1715.
3.- Jean Bernier: baptisé à Québec
le 31 août 1702. Il décède à Saint-Michel de
Bellechasse le 9
février 1703 à
l'âge de cinq mois.
4.- Jeanne Bernier: baptisée à Québec
le 12 janvier 1704. Elle épouse à Québec le 27 mai
1725
Joseph Bériault.
5.- Angélique Bernier: baptisée à Québec le 1er novembre 1705. Elle semble être décédée en bas âge.
Du second mariage avec Angélique Greslon:
1.- Marie-Charlotte-Josephte Bernier: baptisée
à Québec le 6 octobre 1712. Elle épouse à Saint-
Augustin le 11 novembre
1731 Louis Campagna. Elle décède en ce dernier endroit le
15 novembre
1757, à l'âge
de 45 ans.
2.- Charles Bernier: baptisé à Québec
le 28 novembre 1713. Demeurant à la Côte Saint-Laurent, il
s'engage pour les pays
d'en-haut le 3 avril 1738 par contrat devant le notaire Adhémar.
Il épouse
vers l'année 1738
Marie-Louise Constantineau et il serait décédé avant
l'année 1741.
3.- Pierre Bernier: baptisé à Québec
le 1er avril 1715. De lui aussi, on a perdu la trace, supposant
qu'il se soit noyé
sur le Côté de Beaupré, selon Cyprien Tanguay (A travers
les Registres).
4.- Marie-Madeleine Bernier: baptisée à
Québec le 7 mars 1716. Sépulture à Charlesbourg le
18
février 1717.
Agée d'un an.
5.- Agnès Bernier: baptisée à Québec
le 21 mars 1717. Elle épouse à Québec le 21 novembre
1735
François DeLahaye.
Ces renseignements sur Jacques Bernier de Vendée
ont été tirés de «Nos Ancêtres du
17ème siècle par Archange Godbout, et de
la Revue Cap-aux-Diamants de l'historien Jacques Saint-
Pierre. Je les ai augmentés de mes propres
recherches. Comme on le devine bien, ce Bernier n'a
laissé aucune descendance masculine pour perpétuer
le nom de Bernier.
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