Charles Bernier est le troisième enfant (2ème fils) de Jacques Bernier dit Jean de Paris, Seigneur du Fief Saint-Joseph ou de la Pointe-au-Foin, du Cap-Saint-Ignace, et d’Antoinette Grenier.
Sa date exacte de naissance est introuvable. Le recensement de 1666 le fait naître en 1663, celui de 1681 en 1663 également. Sa date de confirmation, au Cap-Saint-Ignace, le 30 juillet 1681, par Monseigneur de Laval, Evêque de Québec, confirme aussi cette date. Il est dit dans ce dernier acte qu’il a 18 ans. Selon Mgr Cyprien Tanguay, son acte de baptême aurait été enregistré à Québec en 1662. Même si l’acte ne se trouve point dans les registres de Notre-Dame de Québec, il a pu être perdu au cours des randonnées missionnaires des curés itinérants qui voyageaient d’une paroisse à une autre constamment. On peut prendre pour acquit qu’il soit né en 1662 puisqu’à son mariage, en 1694, il se donne 32 ans.
1662 est réellement l’année de sa naissance. Il est possible maintenant avec un peu de calcul d’établir au moins le mois. Voyons le cycle des naissances des quatre premiers enfants. Pierre est né le 26 janvier 1659. Vingt-deux mois plus tard, le 12 novembre 1660, arrive la 2ème enfant, Marie-Michèle. Puis, c’est Charles. Le rythme est alors de 20 à 22 mois entre les naissances. Charles serait né en juin 1662, vingt mois plus tard. Celui qui le suit, c’est Jacques (fils), le 13 novembre 1664, soit dix-huit mois plus tard. Enfin arrive le 4ème enfant, Jean-Baptiste, le 30 août 1666, vingt-et-un mois plus tard. L’enfant que porte Antoinette dans ses bras lors de sa paralysie est assurément Charles âgé d’environ six mois, puisqu’il ne marche pas et que l’événement arrive en «fin d’année 1662»
Dans quel contexte cet ancêtre prend-il part à la fondation de la Nouvelle-France? Voyons quelle était la mentalité de la colonie en cette époque-là.
Les Français qui sont venus au Canada y ont fondé une véritable patrie. Il se fonde une patrie lorsque des pères et mères de familles adoptent pour eux et pour leurs descendants un territoire auquel ils vouent leurs travaux, leur attachement, leur vie. Or, c’est ce que les colons de la Nouvelle-France ont fait. Ils sont venus avec l’intention de fonder sur ce sol un foyer stable qui serait entretenu par les générations successives.
Le Canada était pour eux une terre de libre élection. Aucune nécessité, ni aucune force majeure ne les y avaient poussés. C’est par un libre choix qu’ils sont venus ici, avec la ferme volonté de s’y établir définitivement et la douce espérance d’y créer un «chez-nous». Et voilà ce qu’est le premier élément de la fondation d’une patrie.
Puis inlassablement, ils ont défriché ce sol et l’ont rendu apte à la production et à la fécondité. Leur main industrieuse en a fait une terre, mère nourricière de la population qui s’y établissait. Ils se sont groupés dans la solidarité pour poursuivre le même idéal, le même but, le même bonheur et lorsque l’ennemi a menacé l’existence de leurs foyers et de leurs biens, ils les ont défendus dans la plus parfaite union patriotique.
Enfin, ils ont créé un ensemble de traditions qui se sont perpétuées à travers les générations qui se sont succédées. C’est une véritable patrie que les Français ont fondée sur cette terre d’Amérique.
Le peuple canadien de 1760 s’est battu comme l’on se bat pour une patrie. Si le soldat de France s’enflammait pour la gloire, le soldat canadien-français avait un double but et un double enthousiasme: pour lui, il y avait l’honneur du drapeau à sauver et la patrie à défendre.
Le peuple de 1760, si l’on peut appeler ainsi les 65,000 canadiens qui habitaient ce sol, était bien resté français, il avait jalousement conservé du vieil apanage les vertus françaises, la foi profonde et pratique, la générosité spontanée et sans calcul, le sens de la charité chrétienne et l’hospitalité cordiale, la gaieté franche et sereine, la vaillance au labeur et devant le danger.
La paroisse est la grande famille: les mains sont ouvertes pour les bonnes causes et les nobles entreprises; le foyer accueille avec bonté le pauvre et l’étranger; on aime le rire joyeux, les contes qui égayent et les belles chansons; face à l’ennemi, on est brave, et sous le fardeau des besognes, on marche sans murmure et sans lâcheté. Mais si le Canadien est resté Français, il y a cependant, sous les influences diverses du climat, des conditions de vie et de milieu, pris un caractère original, des traits moraux et même physiques qui le distinguent de ses frères de la mère-patrie.
C’est ainsi que les longues guerres et les difficultés sans nombre qu’il a fallu soutenir, ont stimulé au Canada l’amour de la patrie. Le Canadien-Français est très patriote. Le rude climat, les travaux laborieux ont rendu le Canadien ingénieux. Au physique, il a gagné dans la lutte contre la nature, contre le froid et la forêt, une robustesse et une endurance qui le rendent apte aux plus pénibles besognes. D’autre part, la vie au grand air lui a donné l’amour de l’indépendance et de la liberté, à tel point que les officiers français se plaignaient facilement de l’insubordination des soldats canadiens. Il faut dire que la générosité et le dévouement obtiennent de lui ce que la discipline fait faire aux autres.
Au reste, le Canadien est très fier, et cela s’allie très bien avec ses sentiments généraux et son tempérament fort et courageux. Mais parfois, son esprit d’indépendance et sa fierté rendent son éducation quelque peu plus délicate et difficile.
Ce court exposé puisé dans «Précis d’Histoire du Canada» de Rutché et Forget, traduit bien la mentalité du temps où vécurent nos ancêtres Bernier au Canada. Nous y voyons l’image parfaite de nos généreux défricheurs Canadiens-Français. La lecture de ce texte nous rend plus facile l’histoire de Charles Bernier, fils de Jacques dit Jean de Paris et d’Antoinette Grenier.
Antoinette Grenier, la douce mère de onze enfants, avait beaucoup de cœur, de courage, était pieuse et adorait ses enfants. On la voit en 1662 obtenir une guérison miraculeuse de la bonne Sainte-Anne. Voici d’ailleurs «in extenso» le texte qui en a été conservé aux archives de Sainte-Anne-de-Beaupré :
«Fin d’année mil six cent soixante-deux, Antoinette Grenier, femme de Jacques Bernier, habitant de l’Ile d’Orléans, âgée de trente et un an, marchant le long de la rivière avec un enfant entre les bras, demeura comme immobilisée des deux bras sans les pouvoir relever; elle demeura en cet état un jour entier jusqu’à ce qu’elle fut vouée à Sainte-Anne, lui promettant de l’aller visiter dans son église du Petit Cap. Elle reçut parfaite guérison le troisième jour que lui arriva cet accident, ce qu’elle m’a attesté être véritable en lui venant rendre grâce en son église. Signé : Thomas Morel»
Qui est cet enfant qu’Antoinette laisse tomber? Si c’eut été Marie-Michelle, née en novembre 1660, elle aurait été capable de marcher toute seule, sans que sa mère la porte dans ses bras. Il s’agit sans nul doute du petit Charles qui serait né en juin de cette année 1662.
Antoinette Grenier, grâce à ses prières et à sa grande confiance en Sainte-Anne, obtient une autre faveur extraordinaire trois ans plus tard, encore en faveur de son fils Charles. Ce pauvre Charles, destiné à une histoire si impétueuse, n’a pas fini de donner des appréhensions à sa mère. Voici encore un texte relatant cette autre guérison miraculeuse :
«Fin de l’année mil six cent soixante-cinq, Charles Bernier, fils de Jacques Bernier, habitant de l’Ile d’Orléans, âgé de deux ans, étant fort incommodé d’une descente (hernie) fut voué à Sainte-Anne par son père et sa mère qui le portèrent dans son église du Petit Cap, où après avoir fait leurs dévotions et prié cette grande Sainte avec foi et confiance, lui otèrent en sortant de l’église son bandage dont il était bandé, et depuis ce temps-là a été parfaitement guéri sans en avoir jamais ressenti aucune incommodité, ce qu’ils m’ont attesté être véritable. (Signé : Thomas Morel, prêtre missionnaire et Chanoine de la Cathédrale de Québec)»
L’on suppose que la jeunesse de Charles Bernier s’écoula paisiblement jusqu’à l’âge adulte pour aider son père et ses autres frères dans l’exploitation des nombreuses terres qui ont fait l’objet de plusieurs transactions de la part de Jacques Bernier, son père.
Il y a quand même un côté aventurier chez Charles Bernier. L’aventure ne lui était pas indifférente et il s’est laissé tenter au moins une fois : le 23 mars 1688 (il fait 26 ans), devant le Notaire Rageot, Charles Bernier s’engage pour aller aux Outaouais avec Pierre Niel Lejeune, au profit de Denis-Joseph Juchereau, avec qui Jacques Bernier fait du commerce de fourrures. On ne dit pas dans l’acte notarié le temps de cet engagement, la durée si l’on veut. Il ne serait pas superflu de penser que Charles Bernier eut le goût de voir du pays : grâce peut-être à son jeune âge et aux exemples de ses compatriotes qui avaient l’ambition du commerce pour arrondir leur pécule. Nous ne pensons pas que les voyages de chasse fussent pour Charles Bernier un mode de vie. S’il a attendu l’âge de 32 ans pour se marier, c’est possible que ce fut l’âge normal pour les garçons à cette époque, son frère aîné Pierre s’est marié lui aussi à l’âge de 30 ans. Les filles à marier se faisaient rares et il fallait attendre sa chance.
Nous avons lu dans les pages précédentes comment Charles Bernier s’est établi au Cap-Saint-Ignace. (Voir la biographie de Jacques Bernier dans «Les Bernier de la Nouvelle-France, 1650-1750). Les circonstances sont clairement expliquées, cela nous dispense d’y revenir. Puisque l’histoire de son père fait partie de sa vie, nous y référons le lecteur.
Il sera intéressant pour continuer la biographie de Charles Bernier de lire son acte de mariage avec Marie-Anne Lemieux, le 25 octobre 1694, puisé dans les registres du Cap-Saint-Ignace:
«L’an mil six cent quatre-vingt quatorze le ving- cinquième du mois d’octobre, après la publication d’un ban de mariage, Monseigneur de Québec ayant donné dispense des autres, d’entre Charles Bernier, âgé de 32 ans, fils de Jacques Bernier et de Toinette Grenier ses père et mère de cette paroisse de Saint-Ignace d’une part, et Anne Lemieux âgeé de quinze ans, fille de Guillaume Lemieux et d’Elizabeth Langlois, ses père et mère, de la même paroisse d’autre part. Et ne s’étant trouvé aucun empêchement, je prêtre soussigné, faisant les fonctions curiales dans la dite paroisse ai prix leur mutuel et réciproque consentement par parole de présent. Les ai mariés et ensuite donné la bénédiction nuptiale selon la forme de l’Eglise en présence de Jacques Bernier père dudit époux, de Guillaume Lemieux, père de ladite épouse, de Jacques Couillard Sieur Després et Claude Guimont qui ont signé. Et ont les dits époux et épouse déclaré ne savoir signer de ce interpelés suivant l’ordonnance. (Signé) Francheville, curé, Jacques Bernier, Claude Guimont, Guillaume Lemieux, Jacques Couillard».
La jeune épouse de quinze ans, Anne Lemieux, même si son acte de naissance se trouve dans les registres du Cap-Saint-Ignace, fut baptisée sur l’Ile-aux-Oies dans la maison du Sieur Dupuy, Seigneur de l’Ile. Elle eut pour parrain et marraine deux personnalités de marque : Jean-Baptiste Couillard, Seigneur de la Rivière-du-Sud, et Anne Dupuy, fille de Paul Dupuy, Escuyer et Seigneur de l’Ile-aux-Oies.
«Le quatorzième
jour du mois d’avril de l’année mil six cent quatre vingt, Je Pierre
de Baumont, prêtre missionnaire faisant les fonctions curiales à
l’Ile-aux-Oies, ai baptisé chez Messire Dupuy, Escuyer, Seigneur
de l’Ile-aux-Oies, ANNE, fille de Guillaume Lemieux et d’Elizabeth Langlois,
sa femme, née du neuf dudit mois. Signé :Pierre de Baumont,
prêtre missionnaire, Jean-Baptiste Couillard».
Le 15 octobre 1683, Jacques
Bernier, son père, s’était porté acquéreur
de la Seigneurie Saint-Joseph ou de la Pointe-au-Foin, au Cap Saint-Ignace.
C’était évidemment pour y établir ses quatre fils.
Le 21 juin 1691, devant le Notaire Rageot, il concède à
son fils aîné Pierre, dix arpents. Quatre ans plus tard, le
15 octobre 1695, il concède à ses trois autres fils : Charles,
Jean-Baptiste et Philippe, en égale proportion, dix-sept arpents
de largeur à prendre dans la seigneurie, côté «sorouet»
joignant la concession de Pierre Bernier et de l’autre côté
celle des héritiers de Louis Lemieux. La part de Charles sera
prise du côté joignant celle de Pierre Bernier, celle de Jean-Baptiste
ensuite, et celle de Philippe Bernier.
Après son mariage, tout comme son père, Charles Bernier possède l’ambition d’agrandir son domaine et d’installer pour les sécuriser, son épouse et sa future nombreuse famille de quatorze enfants. C’est ainsi qu’il se porte acquéreur le 16 août 1712, de son paternel, d’un terrain d’un quart d’arpent de front sur quarante de profondeur. Le contrat est signé devant le Notaire Michon. En cette même année et devant le même Notaire, son père lui lègue par donation un autre morceau de terrain «en récompense de son travail».
«Par devant Abel Michon, Notaire de la Coste du Sud savoir depuis la pointe… jusqu’à Camorasqua en la Nouvelle-France résidant à La Durantaye soussigné et tesmoins en final nommé fust pressant en toute personne, Jacques Bernier et Antoinette Grenier sa femme de luy dhument autorisé par le fait des pressantes lesquels de leurs bon gré franche et libre vollonté ont reconnu et confessé par la présente avoir vendu et déllaissé par la présente, comme vand, quitte, cedde et délaisse et transporte du tout dès maintenant à toujours promais et promait garrantir de tous trouble, dette et hipotec et autres empêchements généralement quelconque:
Ce à Charles Bernier fils de Jacques Bernier et Antoinette Grenier sa femme et a ce préssent et acceptant preneur et acquéreur pour luy ses hoirs et ayvants cause a la venire à toute propriété à perpétuité, savoir la quantité de un quart d’arpent de terre de front sur quarante arpends de profondeur size et située en la paroisse St Ignace, tenant sur le devant au fleuvre St Laurent et par derrière une terre non cédée, au sud ouest à Jean Fournier et dautre costé au nord est au terre dud. Vandeur au moyen des taxes et rentes seigneuriales et autres droits portés et mentionnés ou le titre de concession ou d’habitation dudit vandeur et auprorata de ladaite quantité de terre, et ainsy cept vante,sestion et transport et décaissement ainsy fait à la charge de la dite concession et rente et autre droit et en outre pour et moyennant le prix et somme de cinq cent livres monyter et payer et à payer, laquelle somme ledit Bernier et Grenier sa famme ont reconnu et confessé les avoir ressues cy devant en travaux suivant l’estimation quand ont fait ledit Claude Guimont et Estache Fortin habitant dud. Lieu et de laquelle somme led. Vandeur quitte et décharge led. Acquéreur, luy, ses hoirs et ayant cause et an conséquence de quoy le dit acquéreur, luy ses hoirs et ayans cause demeurant… et paisible pasant, se désistant ledi vandeur de tous droits de propriété pour bien fond nord quittance et actions et sanctions,
Car ainsy etc… promettant etc… obligeant, ctc… renoncant etc… fait et passé en la maison dudit vandeur avant midy l’an mil sept cent douze, saize aout pressance des M. Yves Le Riche. Escuyer prestre curé de St Ignace et Jean Fournier habitant dudit lieux et le dit Bernier perre ont signé avec nous Notaire à la d. Grenier et Bernier fils déclaré ne savoir écrire ny signer de ce enquis suivant l’ordonnance après lecture fait. (Signé : Yves Le Riche, prestre, Jacques Bernier, Jean Fournier, Michon, notaire»
Ce n’était pas assez pour ce vaillant pionnier. Son ambition n’était point contentée. C’est pourtant pour cela qu’en 1716, quatre ans plus tard, il achète un autre terrain. Il a déjà quatorze enfants à nourrir. Les garçons ont grandi et peuvent aider aux travaux des champs, au défrichement ou l’agrandissement de la culture. En homme avisé, Charles Bernier pense déjà à établir ses fils autour de lui, et ne veut pas attendre trop tard. Il achète le 10 juin 1716, devant le Notaire Michon «trois perches de terrain de front sur toute la profondeur qu’il peut y avoir».
«Par devant Abel Michon notaire royal des Costes a Seigneurie qui sont depuis la Pointe de la Durantaye jusqua Camorasqua en la Nouvelle France, residant en la paroisse St Thomas seigneurie de la Rivière du Sud soussigné et tesmoins cy bas nommé fust pressant Thomas Proulx et Catherine Garand sa femme de luy duement authorizé pour l’effait des pressantes lesquels de leur bon gré et franche et libre volonté ont reconnu et confaissé par led .pressente avoir vendu quitté ceddé et transporté et délaissé du toute dès maintenant et a toujours promis et promaittre garrantirre de tous trouble dette et hipotèque et autre empechement quelconque généralement :
Et faire jouir à Charles Bernier habitant du Cap st Ignace pressant et acceptant requéreur et retenant pour luy ses hoirs et ayans cause sest à savoir : trois perches de terre de front sur toute la profondeur quil peut y avoir, et les dites trois perches de terre venant de la succession de deffcunct Jacques Bernier grand pere de la ditte Carond et icelle size et située en la dite seigneurie de Vincelotte et enverre elle, chargé de sans et rantes ainsy quil est plus au lon et rectifier en le titre de concession de toute la terre et habitations dudit deffunct Bernier et icelles ditte trois perches de terre tenant sur le devant au fleuve st Laurent et par derrière les terres de la ditte seigneurie dun costé au sud ouest à Isabel Carond, d’autre costé au nord est à Charles Carond ensambles toute la prétantion quils peuvent avoir en le batiment sise et situé sur icelle et en outre toute autre présentation quil peuvent pressantement avoir sur la dite terre et ainsy cette vante sestion transport et délaissement fait à la charge par le dit acquéreur de payer taxes et rantes dont les dites trois perches sont chargés à la venire et quitte de ceux jusque a ce jour en outre:
Pour et moyennant le prix et somme de quatre cent cinquantes livres que le dit acquéreur promait et soblige et payer au dit vendeur savoir trois cent livres contant que les dits vandeurs ont dit avoir ressu et les cent cinquante livres restantes le dit acquéreur promait et soblige les bailler et payer audit vandeur aux deux terrains différents, savoir cinquante frants aux commencement dauctobre de la présente année et les cents frants restants aux moy de may prochain de lanné mil sept cent dix sept;
Pour tous dellais et prefections et faute par ledit acquéreur de payer les dites sommes les dits vandeurs rantreront de plain droit en la dite concession ou qualité telle que dessus et ay moyent dycelle le dit acquéreur les ditte hoirs et ayans cause demeureront plain et entière poessesseurs des ditte quantité de terre ce dessistant pour cette affait de tous droit de propriété fons tréfons noms ruissons et actions;
Car ainsy etc… a esté expressement convenu etc… sans l’obligation, etc… fact et passé en la dite paroisse St Thomas estude dudit Notaire lan mil sept cent saize. Et le dixième jour de juin avant midy en pressance de Enthoine Dendurant habitant dudit lieu et Pierre Le Vitre charpentier de Verreau lesquels et notaire ont signé à la minute et ont les dites parties déclaré ne scavoir ny signer de ce enquis suivant l’ordonnance. (Signé : Antoine Dandurant, Pierre Le Vitre, Michon, Notaire».
Une autre transaction impliqua Charles Bernier et ses frères le 18 juillet 1729 devant le Notaire Michon. Il s’agissait probablement de rectifier certains arrangements dans le contrat inital de leur père le 15 octobre 1695. On se rappelle, comme il est expliqué dans la biographie de Pierre Bernier, frère de Charles, que celui-là avait demandé de répartir de nouveau le territoire de la seigneurie de la Pointe-au-Foin. Pierre en revendiquait la moitié à titre de fils aîné
Il y a un certain charme à reproduire « in extenso» les contrats faits par nos ancêtres devant les Notaires. (Des accents ont été parfois ajoutés pour une meilleure lecture). Ces derniers, utilisant un vieux français qu’on n’emploie plus aujourd’hui, au vingtième siècle, font découvrir la mentalité de l’expression de l’époque. La minutie avec laquelle ils détaillaient les pièces légales ne manque pas d’un certain intérêt très sympathique.
Ainsi Charles Bernier vieillissait tout en pourvoyant à ses terres et à l’établissement de ses fils. Le 20 avril 1730, soit un an avant sa mort, il contracte une obligation envers les enfants mineurs de Jean Gaudreau dont François Morneau est le tuteur:
«Pardevant Abel Michon , notaire royal de la Coste du Sud soussigné en la prévosté de Québec résidant en la paroisse St Thomas soussigné et tesmoins cy bas nommé fut pressant Charles Bernier et dame Anne Lemieux la femme de son dit mari et dheument authorisé pour leffait des présentes lesquelllls de leurs bon gré franche et libre vollonté ont recogny et conffaissé devroit à François Morneau tuteur des mineurs de duffunct Jean Gaudreau la somme de trente livres dix sols pour valleut reçu dud. Morneau appartenant aud. Mineurs laquel somme il promette et s’oblige la bailler et payer aud. créditeur a sa vollonté ou ordre & ordre et gardant lad. somme il promaittre et soblige en payer la demeure au terre du Roy… (blanc) vingt sols pour livres et convenant lad. demeure au seizième mars mil sept cent vingt quatre, et pour plus grande sureté dud. payement ont les dits Bernier et Lemieux laddite somme chargé et affecté tous et chc… des biens pressant et à venir lesquels en demeurant chargé affecté et hipotéqué en demeurant jusqu'au jour du parfait payement soit ladit. somme de trente livres dix sols que la ditte demeure…»
Notre deuxième ancêtre Charles Bernier avait bien mérité lui aussi de la nouvelle Patrie. Il semble que jusqu’à la dernière minute de sa vie, il fut un travailleur acharné. Il aurait pu mériter de vivre des jours agréables durant sa vieillesse. Surtout après avoir élevé une famille considérable de quatorze enfants. Il meurt à l’âge de 69 ans.
La mort le frappa encore relativement jeune, mais chargé de mérites. Son acte de décès laisse voir un homme de devoir dans le plein sens du mot. Lui qui avait été guéri miraculeusement dans sa jeunesse par la bonne sainte Anne, à Beaupré, se devait de mourir en bon chrétien et en prédestiné.
«Après avoir reçu d’une manière fort édifiante tous les sacrements» écrit le Père Foucault, n’est-ce pas consolant pour nous, ses fils et filles, de pouvoir dire en toute franchise et fierté que notre deuxième ancêtre Charles Bernier était un homme droit, honnête, sincère, respecté de tous, qu’il est mort en homme de devoir… L’expression «de manière fort édifiante» suppose que Charles Bernier fut conscient jusqu’à son dernier soupir. Voici au complet son acte de décès enregistrée aux registres du Cap-Saint-Ignace:
«L’an mil sept cent trente et un le vingt huitième jour du mois de mars a été inhumé dans l’église de cette paroisse par les libéralités du Sieur Couillard, capitaine de navire, le corps de Charles Bernier habitant de cette paroisse après avoir reçu d’une manière fort édifiante tous les sacrements. Ont assisté à cette inhumation toute la paroisse. Ont signé avec nous François Caron de l’Islet, le Sieur de Vincelotte, Jean Blouin et Prime Bélanger. (Signé : Père Simon Foucault, récollet, François Caron, Pierre Bélanger, Jean Blouin».
La mort du chef de famille entraînait, en ces premiers temps de la colonie des conséquences sérieuses. Le 16 juin 1734, devant le Notaire Rageot, on fait l’inventaire des biens du disparu appartenant dorénavent à la veuve et aux héritieirs.
Dans l’acte de décès de Charles Bernier, il est écrit : «par les libéralités du Sieur Couillard». Il ne faut pas penser que sa veuve et ses enfants étaient dans l’impossibilité financière d’en payer les frais. Mais plutôt à cause de la grande sympathie du Seigneur de l’Espinay pour Charles Bernier, lequel était en définitive son beau-père, par le mariage de Marie-Madeleine Bernier, fille de Charles Bernier, en date du 22 novembre 1728, avec François Couillard. (Gr. Michon).
Il faut noter aussi que «toute la paroisse» assiste aux funérailles et que l’inhumation se fait dans l’église même du Cap-Saint-Ignace. Des personnes de la paroisse voisine, Bon-Secours de l’Islet, assistent aussi à la cérémonie funèbre. Cela traduit l’estime que les habitants de toute la région avaient envers le disparu.
Alors devant le Notaire Rageot, le 16 juin 1734, on dresse l’ inventaire des biens de Charles Bernier. Cet acte légal est reproduit au complet dans mon premier volume «Origine des Familles Bernier au Canada», publié en 1960. Il serait beaucoup trop long de le répéter ici. Il prouve que Charles Bernier n’était pas un « quêteux» et que son héritage est plus que comparable à celui de ses compatriotes. Parmi les immeubles énumérés dans l’inventaire, notons, en abrégé:
1.- Une terre et habitation sise au Cap-Saint-Ignace, de deux arpents et treize pieds et demi de front sur quarante arpents de profondeur, sur laquelle est construite une maison de vingt-huit pieds de long sur vingt pieds de largeur, en pièces sur pièces, couverte de planches neuves, laquelle a été estimée à 150 livres. La maison comportait deux étages puisqu’on a procédé (dans l’acte) à l’inventaire du grenier.
Et une petite laiterie qui est au bout de la maison, 20 sur 12 pieds, estimée à 10 livres. Une écurie estimée à 50 livres, une étable de 28 pieds sur 20 de large, estimée à cent livres, une grange de 30 pieds estimée à 100 livres, une autre grange de 60 pieds sur vingt couverte de paille et de planches.
Dans l’inventaire figure aussi tout ce qu’il faut dans une maison : ustensiles, literie, meubles, outils nécessaires à tout agriculteur.
2.- A comparu aussi Joseph Bernier, fils et héritier de feu Charles Bernier, lequel a dit et déclaré qu’il rapportait à la masse des biens délaissés par le décès de Charles Bernier la terre qui lui a été donnée lors de son mariage par son défunt père et par Anne Lemieux sa mère. Cette terre est située à la seigneurie de la Pointe-au-Foin.
La veuve de Charles Bernier, Marie-Anne Lemieux, administre les biens qui lui ont été cédés à la suite du partage ci-dessus. C’est ainsi que le 10 août 1744, devant le Notaire Michon, elle vend à son fils Augustin une partie de terrain dans la seigneurie de Vincelotte où elle réside.
Marie-Anne Lemieux aura survécu 23 ans à son époux Charles Bernier. A l’âge de 74 ans, elle rend son âme à Dieu. Le curé Dolbec de l’Islet ne nous donne pas beaucoup de renseignement. On sait, en effet, qu’Anne Lemieux a été inhumée au cimetière de l’Islet. Les raisons ne nous sont pas connues, mais l’on peut supposer que les chicanes de la paroisse du Cap-Saint-Ignace, vers cette période (quant au site de l’église et du cimetière que tous voulaient dans leur cour) ont pu y être pour quelque chose. Voici son acte de décès:
«L’an mil sept cent cinquante quatre, le vint-deuxième jour de juillet par nous soussigné prêtre curé missionnaire à l’Islet a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse avec les cérémonies ordinaires le corps de Anne Lemieux décédée hier âgée d’environ soixante-quatorze ans, munie des sacrements de l’Eglise. Ont assisté à cette inhumation plusieurs habitants qui ne savent signer. Signé: Dolbec»
Avant de donner la liste des enfants de Charles Bernier et d’Anne Lemieux, il faut parler du cas «Nicolas Bernier». Les registres du Cap-Saint-Ignace contiennent effectivement une naissance : «Nicolas Bernier, fils de Charles Bernier et de Marie Faye Villefayan, en date du 2 mai 1701». Après vérification, le nom de Charles Bernier y apparaît véritablement. Nous pensions à une erreur du généalogiste Mgr Cyprien Tanguay. Mais il a raison.
Charles Bernier a une aventure sexuelle avec cette femme que les généalogistes ont jugée comme «mondaine». C’est bien le cas, et dans la biographie de Nicolas, qui suit dans ce volume, le lecteur trouvera davantage de renseignement sur cet enfant naturel. L’on sait pour le moment, que les naissances illégitimes à cette époque étaient plus fréquentes qu’on le pense. Je réfère le lecteur au texte de Paul Genest dans l’Ancêtre, vol. 17, no. 5, page 163, et à celui de Madame Marie-Aimée Cliche, docteure en Histoire, dans la Revue d’Histoire du Québec : «Cap-aux-diamants», printemps 1990, page 59.
Charles Bernier n’a pas fait de difficulté pour reconnaître son fils naturel. Il a ainsi évité des procédures judiciaires et l’éclaboussure de sa réputation. J’imagine tout de même que cette faiblesse a dû causer dans la famille un certain scandale et un remou, surtout chez l’épouse. Dans la liste des enfants, je remarque le fait qu’il y a deux naissances dans la famille de Charles Bernier en 1701 à six mois d’intervalle.
Qui était cette fille de vie? Marie (Anne) Faye Villefayan est née à Québec le 30 juin 1678, fille de Pierre Faye Villefagnan (notons la différence d’orthographe), et de Marie Chauvet. Lui venait de l’Evêché d’Angoulème et elle de l’Evêché de Xaintes, France. Selon René Jetté, généalogiste, cette famille compte neuf enfants. René Jetté dit ce qui suit sur cette personne: «Marie-Anne, née à Saint-Claude de Charlesbourg et baptisée le 30 juin 1678, mariée en 1705 à Jean Roche. Auparavant, elle avait été fécondée hors mariage par quatre hommes différents :
1.- Père naturel: Jean Labbé; Marie-Jeanne, née le 13 et baptisée le 14 juillet 1694. Elle se marie avec Jacques Racicot.
2.- Père naturel: Charles Danet, fils de Charles et Marie Deshaye: Marie-Charlotte, née le 8 et baptisée le 9 décembre 1696 à Québec, mariée en 1713 à André Bergeron..
3.- Père naturel: Pierre Jean, fils de Pierre et de Françoise Favreau: Jeanne, née le 14 janvier et baptisée le 1er avril 1700 à l’Ile-aux-Oies.
4.- Père naturel: Charles Bernier (marié à Anne Lemieux): Nicolas, baptisé le 2 mai 1701 au Cap-Saint-Ignace.
Inutile de faire des dessins pour savoir qu’elle savait conquérir les hommes. Ses mœurs étaient pour le moins douteuses. Dans sa famille, sa sœur aînée, Marie-Madeleine, baptisée le 27 octobre 1675 à Québec, mariée à Nicolas Duchesne, domestique chez Michel Sarrazin, a aussi donné naissance à deux enfants hors mariage:
1.- Père inconnu: Marie-Madeleine, baptisée le 11 septembre 1708, à l’Ancienne Lorette, décédée le 11 octobre 1708.
2.- Père naturel: Jacques Baron: Jacques, baptisé le 3 octobre 1716 à Québec. Il décède au même endroit le 10 juin 1718.
Une autre de ses sœurs aînées, Anne, baptisée à Québec le 22 mars 1671, a épousé en 1684 Jean Gaillou. Elle fait annuler son mariage, le 10 janvier 1694, devant le Notaire Chambalon.
Ces renseignements sont fournis
par René Jetté, dans son «Dictionnaire des Familles
du Québec, jusqu’en 1730», page 415. (Variances du nom
: Failly, Fagnan, Villefagnan). En ce qui concerne Nicolas, c’est vrai
qu’il est fils de Charles Bernier. Etant né au Cap-Saint-Ignace,
le 2 mai 1701, il épouse Marguerite Galerneault, le 8 mars
1733, à Sainte-Foye. Devenue veuve en 1750, elle épouse
en deuxièmes noces, le 17 janvier 1752, à Lévis, François
Bleau. Le couple Bernier-Galerneault donna naissance à dix enfants,
et le fils Jean-Baptiste Bernier, marié à Marguerite Canac-Marquis,
est celui qui permit d’avoir des descendants de cette lignée.
Nicolas décède
à l’âge de 49 ans le 20 décembre 1750 à Saint-Henri
de Lévis. Son épouse, Marguerite Galerneault, décède
à l’âge de 41 ans, le 22 juin 1759, après sept ans
de mariage avec François Bleau, son deuxième mari.
FAMILLE DE CHARLES BERNIER
1.- JOSEPH BERNIER: Baptisé
au Cap-Saint-Ignace le 18 avril 1696. Il décède au
même endroit le 21 novembre 1700, à l’âge de quatre
ans. Comme c’est le premier né, son extrait de baptême sera
intéressant à lire : «L’an mil six cent quatre vingt
seize, le 18ème du mois d’avril, par moi prêtre soussigné
faisant la fonction curiale dans cette paroisse, a été baptisé
JOSEPH, né le même jour, fils de Charles Bernier et d’Anne
Lemieux sa femme. Le parrain a été Jacques Bernier,
grand-père de l’enfant qui a signé et la marraine Elizabeth
Langois grand’mère dudit enfant et femme de Guillaume Lemieux laquelle
a déclaré ne savoir écrire ni signer de ce interpelée
suivant l’ordonnance. (Signé : Jacques Bernier, Mandeville, prêtre
missionnaire»).
2.- ALEXANDRE BERNIER: Baptisé
au Cap-Saint-Ignace le 19 décembre 1697. Premier mariage le 24 novembre
1723 au Cap-Saint-Ignace à Marie-Louise Fortin, fille d’Eustache
Fortin et de Louise Cloutier. Ils passent contrat devant le Notaire
Michon le 22 novembre 1723. Deuxième mariage le 30 août 1751
au Cap-Saint-Ignace à Agnès Boivin. Alexandre décède
au Cap le 9 février 1765 à l’âge de 68 ans. Tanguay
donne sept enfants au couple Bernier-Fortin. C’est le troisième
ancêtre du célèbre Capitaine Joseph-Elzéar Bernier,
explorateur du Pôle Nord.
3.- ISIDORE BERNIER: Baptisé au Cap-Saint-Ignace en 1699. Marié au Cap Saint-Ignace le 5 novembre 1726 à Ursule Belleau, fille de Jean-Baptiste Belleau dit Larose et de Catherine Berthiaume. Ce Belleau était capitaine de milice et fermier des Religieuses à l’Ile-aux-Oies en 1725. Isidore Bernier a dû mourir vers 1742 à l’âge de 42 ans, puisque sa veuve, Ursule Belleau, convole en secondes noces le 4 août 1743 avec Louis Audet. Six enfants sont nés de ce mariage Bernier-Belleau.
4.- NICOLAS BERNIER: Cet enfant naturel dont il a été question ci-dessus, est né au Cap-Saint-Ignace le 29 avril 1701, mais baptisé le 2 mai. Il épouse à Sainte-Foye, le 8 mars 1733, Marguerite Galerneault, fille de Jacques Galerneault et de Jacqueline Héron. Marguerite était née en 1718 à Saint-Augustin. Nicolas Bernier meurt le 20 décembre 1750 à Saint-Henri de L.évis, à l’âge de 49 ans. Le couple a donné naissance à dix enfants. La famille Galerneault venait de l’Arrondissement et Evêché de La Rochelle, Aunis, Charante Maritime, France. Marguerite convole en secondes noces le 17 janvier 1752 avec François Bleau, à Lévis. Elle décède peu après le 22 juin 1759.
5.- FÉLICITÉ BERNIER: Baptisée au Cap Saint-Ignace le 1er novembre 1701. Mariée au Cap-Saint-Ignace le 30 juillet 1727, à Jean-Baptiste Belleau dit Larose fils de Jean-Baptiste Belleau et de Catherine Berthiaume (2èmes noces le 24 novembre 1736 à Madeleine Ferière). Ils passent contrat devant le Notaire Pinguet le 27 juillet. Onze enfants sont nés de ce couple.
6.- MARTHE BERNIER: Baptisée au Cap-Saint-Ignace le 16 avril 1703. Mariée au Cap-Saint-Ignace le 20 août 1725 à Joseph Fortin, fils d’Eustache Fortin et de Louise Cloutier. Contrat de mariage devant le Notaire Michon le 16 août. Ils ont eu neuf enfants.
7.- EL IZABETH BERNIER: Baptisée au Cap-Saint-Ignace le 18 octobre 1704. Mariée au Cap-Saint-Ignace le 5 novembre 1725 à Joseph Joncas, fils de Pierre Joncas et de Marthe Fournier. Contrat de mariage devant le Notaire Michon le 4 novembre 1725. Elle décède à Saint-Thomas de Montmagny le 30 janvier 1750 à l’âge de 46 ans. Le couple eut onze enfants. Cette famille de Joncas était arrivée en Nouvelle-France avec le Régiment de Carignan-Salière. Elle venait de la paroisse Morine, au diocèse de Lombez, Gascogne, Département du Gers.
8.- JOSEPH BERNIER: Baptisé au Cap-Saint-Ignace le 17 mars 1706. Marié à Marie-Catherine Bouchard, fille de Pierre Bouchard et de Catherine Fournier. Ils passent contrat de mariage devant le Notaire Michon le 22 octobre 1730. Joseph décède à Saint-Thomas de Montmagny le 26 octobre 1772 à l’âge de 66 ans. Ils ont eu onze enfants. Pierre Bouchard était fils de Guillaume et de Françoise Bénard qui s’étaient mariés à Neufchatel-Hardelot, Arrondissement Boulogne-sur-Mer, Picardie, Pas-de-Calais. On le retrouve dans la région de Québec en 1693. Notons que Joseph Bernier est le troisième ancêtre de Cyril Bernier.
9.- MARIE-MADELEINE BERNIER: Baptisée au Cap-Saint-Ignace le 9 novembre 1707. Premier mariage au Cap-Saint-Ignace le 22 novembre 1728 à François Couillard, Escuyer, Seigneur de l’Espinay. Un enfant leur est né. Deuxième mariage au Cap-Saint-Ignace le 23 novembre 1734 à Jean Bossé, fils de Louis Bossé et d’Angélique Bouchard. Contrat de mariage devant le Notaire Michon, le 20 novembre 1734. Ils ont eu quatre enfants. Elle décède au Cap-Saint-Ignace le 27 janvier 1739 à l’âge de 32 ans. Inventaire de leurs biens par le Notaire Boisseau, le 5 janvier 1742.
Le couple Couillard-Bernier a donné la vie à un fils, nommé François comme son père, né le 28 octobre 1729 et décédé le 17 septembre 1731. Tanguay mentionne qu’il s’agit d’une naissance posthume. Il précise aussi que François Couillard est né le 24 novembre 1699 à Montmagny. Il était fils de Louis Couillard, Seigneur de Saint-Thomas et de Saint-Pierre, et de Marie Fortin. Quant à ce Louis Couillard, il s’est marié à quatre reprises : 1) Marie Vaudry, 2) Martine Fortin, 3) Marguerite Bélanger, 4) Louise Nolin.
Quant au 2ème mari de Marie-Madeleine Bernier, Jean Bossé, c’était son deuxième mariage étant veuf de Marie-Louise Caron, décédée au Cap-Saint-Ignace le 11 septembre 1733. Elle était née à l’Islet en 1715. Ils eurent quatre enfants.
10.- AUGUSTIN BERNIER: Baptisé au Cap-Saint-Ignace le 9 juin 1709. Marié à Berthier le 8 novembre 1734 à Angélique Buteau. Contrat de mariage devant le Notaire Michon le 7 novembre. C’est lui qui a remplacé son père, Charles Bernier, sur la terre ancestrale de la seigneurie Vincelotte. Il fut l’objet d’une excommunication de la part de l’Evêque de Québec en 1749 parce qu’il présidait à des enterrements dans un cimetière interdit. (Revue d’Histoire d’Amérique Française, vol. XI, no.4, mars 1958, pages 550 et seq.) Il mourut cependant «muni de tous les sacrements de l’Eglise», âgé de 80 ans. Ses enfants sont au nombre de onze. On trouvera sa biographie dans les pages qui suivent.
11.- JEAN-BAPTISTE BERNIER; Baptisé au Cap-Saint-Ignace le 2 février 1711. Sépulture à Lévis le 17 mars 1731, à l’âge de 20 ans.
12.- CHARLES BERNIER: Baptisé
au Cap-Saint-Ignace le 10 décembre 1712. Marié au Cap-Saint-Ignace
le 17 janvier 1742 à Geneviève Bélanger, fille de
Pierre Bélanger et de Geneviève Lessard. Il passe un contrat
de mariage chez le Notaire Michon le 17 janvier 1742. Tanguay leur donne
quatre enfants.
13.- PIERRE BERNIER: Baptisé
au Cap-Saint-Ignace le 4 octobre 1714. Premier mariage au Cap-Saint-Ignace
le 17 janvier 1742 à Marie-Louise Guimont, fille de François
Guimont et de Marie-Elizabeth Fortin. Contrat de mariage devant le Notaire
Michon le 17 janvier. 2ème mariage au Cap-Saint-Ignace le
7 août 1758 à Marie-Madeleine Gamache, fille de Louis Gamache
et de Madeleine Thibault. Contrat de mariage chez le Notaire Dupont le
6 août. La première union a donné dix enfants. La seconde
cinq : soit un total de quinze.
14.- MICHEL BERNIER: Baptisé au Cap-Saint-Ignace le 21 mai 1716. Semble être mort en bas âge.
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En résumé, les quatorze fils et filles de Charles Bernier et d’Anne Lemieux ont eu à leur tour un total de 102 enfants. Des quatorze, deux seulement seraient décédés sans laisser une descendance.
Ces enfants forment une progéniture
impressionnante et cela nous aide à comprendre et à imiter
la générosité de nos pères et mères
dans un temps pourtant difficile, où il n’y avait aucun confort
matériel. Puisse cette courte biographie contribuer à les
faire connaître et aimer, en n’oubliant pas de leur rendre les hommages
de notre reconnaissance.
Cyril Bernier
St-Eustache, décembre 2000