MOULIN à FARINE BERNIER à SAINT-BENOÎT


 Gérard Bernier s'est porté acquéreur d'un moulin à farine à Saint-Benoît-Labre, le 24 août 1939, parce qu'il avait hérité d'une expérience intéressante avec son père Emile Bernier, à Saint-Aubert de l'Islet, jusqu'à l'âge de 26 ans. J'avais noté dans mon article sur «son enfance» qu'il était davantage intéressé dans sa profession de meunier, que par celle de cultiver la terre, son expérience faisant défaut en ce domaine.

 Les origines de ce moulin à farine   nous intéressent tous. La descendance de Gérard Bernier  s'est penchée sur son histoire. Cependant, dans l'analyse des documents, je me servirai des notes et documents historiques fournis par Madeleine Laflamme, fille de Roméo Laflamme et d'Yvonne Veilleux, (petite-fille de Charles-Borromée Kemmeneur-Laflamme et de Marie-Idola Vachon   (mariage à St-Victor, le  20 janvier 1887). Madeleine Laflamme et son époux, Jean Doyon, qui vivent au village de Saint-Benoît, ont bien voulu me permettre d'utiliser leurs recherches historiques. Même si les dites recherches ne sont pas terminées,  J'ai reçu leur bienveillante collaboration. Marguerite Laflamme, soeur de Madeleine, m'a aussi transmis des renseignements précieux.

 D'après les personnes ci-dessus, il apparaît que le premier propriétaire des terres que Gérard Bernier a occupées, serait un Monsieur Joseph-Philippe Bolduc qui aurait obtenu  de la Couronne, la concession du lot no. 164, le 20 juin 1846. Les lots no. 161-162-163 que Gérard Bernier a possédés ne sont pas mentionnés dans la référence consultée. Il est presque certain que ces derniers lots, faisaient partie de la dite concession, parce qu'à cette date, surtout dans cette région, les concessions étaient très généreuses, parce qu'on considérait ces terres non-cultivables. Mais les lacs aux Cygnes et Saint-Charles  étaient convoités par des constructeurs de moulins à scie et à farine, à cause de leur possibilité de développement et le potentiel d'eau en puissance énergétique.

 Le 13 novembre 1879, Joseph-Philippe Bolduc vend à Jean Houle, un moulin à scie, en échange d'un lot dans le 4ème rang: trois arpents de front par autant de profondeur, lot voisin de Vital Gagné et de Majorique Lessard. Le lot 164, soit le no. 2, au 2ème rang, devant le notaire Joseph Tardif, devient officiellement propriété de Jean Houle le 20 juin 1846.

 A cette époque les cartes géographiques du Gouvernement du Québec avaient mélangé les noms des lacs aux Cygnes et  Lac Saint-Charles, inversant les  toponymes. Ce qui aurait pu prêter à confusion dans la rédaction des actes notariés. La correction a été demandée et obtenue par Borromée Laflamme.

 L'emplacement des moulins était choisi au bord d'une rivière ou d'un lac, pour avoir l'eau nécessaire à faire tourner la roue, énergie essentielle au fonctionnement du moulin. Tous les habitants de la paroisse devaient se rendre au rang 9 pour faire moudre leur grain. Le moulin passa au feu quelques années plus tard, vers 1890. Mais le courage des Laflamme l'emporta et Borromée  le reconstruisit.

 Le 17 décembre 1882, Jean Houle est déjà propriétaire du moulin à scie, sur le lot 164. Devant le notaire Joseph Bolduc, Houle engage un mécanicien et entrepreneur de Sainte-Hénédine, Richard Laflamme, pour faire construire un moulin à farine sur le lot no. 161, celui qui nous intéresse. Une copie du contrat nous a été fourni. Il intéressera les historiens et les héritiers, c'est pourquoi je le transcris ici intégralement. Il est mentionné dans le contrat que la roue motrice (à palettes probablement) devait mesurer 12 pieds de diamètre. Le moulin devait aussi recevoir deux bluteaux pour la farine de blé, de 15 pieds de longueur. Les travaux devaient être terminés en juin 1883, ou au plus tard le 1er octobre 1883.

 Richard Laflamme est né en 1828 et est décédé en 1893. De sa première épouse,   Elisabeth Blais, fille de Jean Blais et d'Elisabeth Gosselin, (Mariage à Sainte-Marguerite, le 18 juillet 1849),  est né Borromée; de sa seconde, Soulanges Royer, fille de Moïse Royer et
d'Euphrosine  Mercier,  (1836-1902), (Mariage le  8 septembre  1873 à Sainte-Hénédine),  est né Alexis. décédé à Saint-Benoît  en 1960 à l'âge de 86 ans.

 Alexis Laflamme, demi-frère de Borromée, est parti fonder une scierie, à un mille du village Saint-Benoît,  sur un petit lac alimenté par la décharge du Lac Poulin. Il a exploité cette industrie pendant 72 ans, soit jusqu'à sa mort. Aujourd'hui, cette scierie est florissante et est exploitée par son petit-fils Jules Laflamme.  Alexis s'était marié le 13 avril 1896, à Saint-Benoît, avec Marie Poirier, fille de Joseph Poirier et d'Appoline Vachon.

 La construction de deux bluteaux, presque géants de 15 pieds chacun,  signifie que le moulin est doté d'une moulange à blé. Il faut comprendre que cet élément demandait une meule spéciale aux rainures plus rapprochées que celle pour moudre de l'avoine. Sinon, on n'aurait pas pu produire une farine assez fine pour cuire du bon pain. Les bluteaux servaient à tamiser la belle farine fine et blanche, une autre farine de moindre qualité, et enfin le son, soit les écorces du blé.

  Copie du contrat: 17 déc. 1882 (contrat de construction du moulin
          à Richard Laflamme).

 Le 13 décembre 1885, Jean Houle vend son moulin à son entrepreneur Richard Laflamme. On peut supposer que ce dernier n'a pu livrer le mécanisme du moulin à farine à la date prescrite. C'est vrai puisqu'en 1888 la construction du moulin n'est pas encore terminée.

 Le 11 janvier 1887, Richard Laflamme se débarrasse à son tour du moulin à farine.  Il vend le moulin à Thomas Roy, fils d'André Roy et de Césarie Audet, qui avait épousé, le 4 juillet 1870, à Sainte-Hénédine, Émélie Laflamme, fille d'Etienne-Richard Laflamme et d'Elisabeth Blais.  En 1887, le moulin à farine est inopérant.  Les meules nécessaires viennent de France. On peut supposer qu'il y a eu retard dans la livraison de ces pièces de base. Cependant, on note dans le contrat que Richard Laflamme possédait déjà une jument, 4 moutons, et des cochons.

 Dans la région de Beauce, Eloi-Gérard identifie quatre ancêtres Roy, dont trois qui ont une descendance importante. qui ne semblent pas parents les uns avec les autres. Celui qui nous intéresse, Thomas Roy, a pour ancêtre  Nicolas Roy, de Saint-Rémi de Dieppe, fils de Louis Le Roy et d'Anne Lemaître. Il passa au Canada au cours de mai 1662 dans le vaisseau «Le Jardin de Hollande». Il s'était marié dans la région de Honfleur à Jeanne Lelièvre, fille de Guillaume, natif de Saint-Léonard, près de Honfleur (Calvados). (Eli-Gérard, vol. X, page 8).

  Copie du contrat: 30 nov. 1887 (Vente de Richard Laflamme
           à Thomas)

 Le 7 février 1888, le moulin à farine change de nouveau de propriétaire. Thomas Roy revend le moulin, ainsi que la terre sur le lot 161, à Borromée Laflamme. On note dans l'acte notarié que le moulin n'est pas terminé et que l'ancien propriétaire laisse les mêmes animaux qu'avait Richard Laflamme. Il est presque certain que c'est Borromée Laflamme qui a terminé la construction du moulin à farine. Il a laissé la réputation d'un homme entreprenant et fort persévérant dans ses ambitions.

 Borromée Laflamme, marié le 20 janvier 1887 à Marie-Idola Vachon, à Saint-Victor, a été considéré comme un pionnier à Saint-Benoît-Labre à cause de ses entreprises qui lui ont survécu, par son fils Roméo, et aujourd'hui par l'un de son petits-fils Roland et ses fils. Ses ancêtres, François Quemeneur (Kemleur, Kemneur, Quemineur, Timineur) puis Laflamme, né vers 1672, fils d'Hervé, notaire-royal du Parlement de Bretagne et de Françoise-Josette ... de Ploudaniel, diocèse de Léon en Bretagne, se marie à Saint-François, Ile d'Orléans,  le 15 novembre 1700 à Marie-Madeleine Chamberland, baptisée le  31 janvier 1685, fille de Simon et de Marie Boisleau. François Quemeneur est inhumé à Saint-François, Ile d'Orléans, le 23 août 1728 et Marie-Madeleine Chamberland, le 15 novembre 1765. (Eloi-Gérard, Vol. VI, page 164).

  Copie du contrat: 17 février 1888 (Vente de Thomas Roy à
               Borromée Laflamme).

 Le 24 septembre  1893, Borromée Laflamme vend le moulin à farine à la veuve de Richard Laflamme, Madame Soulanges Royer-Laflamme. Pourquoi cette vente? Borromée exploitait un moulin à scie. Il semble que ce soit le frère utérin de Borromée, Alexis, fils de  Soulanges Royer qui opérait le moulin. D'Alexis, il n'est nullement question de lui dans les actes notariés du moulin à farine. Il est retourné vivre au village Saint-Benoît en 1895. Ce qui expliquerait que Madame Soulanges Royer se voit elle aussi obligée de vendre le moulin quelques mois plus tard à Thomas Breton. Il y a lieu de penser que c'est Thomas Breton qui a fait installer dans son moulin à farine, une industrie supplémentaire: celle de garder la laine.

 Le 2 octobre 1898, probablement dû au débordement du Lac Saint-Charles, ou bien au bris de la chaussée, le terrain du voisin étant inondé, Borromée Laflamme, mécanicien,  vend  à Thomas Breton, menuisier, ce lopin de terre situé dans le 2ème rang du Township de Tring, formant partie des lots de terre 162 et 163, des plans et livres de renvois officiels: huit arpents en superficie avoisisant le lac Saint-Charles et la décharge dudit lac, la dite inondation étant causée par la chaussée du moulin à farine de l'acquéreur ou sans doute à une crue saisonnière des eaux.

 Le 3 février 1896, Thomas Breton fait enregistrer son acquisition sur le lot 161.
Le 5 juin 1928, Faustin et Raoul Breton prendront la relève. Faustin voguera seul jusqu'à 1936. Le moulin dut fermer ses portes après 1936, car Gérard Bernier ne s'en rendra propriétaire qu'au mois d'août 1939.

 Jusqu'en 1920, le moulin fonctionnait au moyen d'une grande roue à eau. Elle fut remplacée par une turbine hydraulique. En ouvrant la «pelle» au lac, l'eau emmagasinée grâce à une chaussée, descendait dans un tuyau en bois d'environ deux pieds de diamètre et actionnait un générateur pouvant produire un peu d'électricité. Ce système avait été installé par Joseph Rancourt.

 Faustin Breton avait épousé en 1ères noces, le 12 janvier 1914, à Saint-Zacharie, Marie-Louise Parent, fille de Pierre Parent et de Marie-Sara Roy. Il épouse, en 2ème noces, le  24 septembre 1928, à Saint-Georges, Clémentine Caron (fille de Charles Caron et de Desanges Bolduc). Faustin était le fils de Thomas Breton, marié le 20 octobre 1879, à Marie-D. Gosselin, à Saint-Victor. Quant à son frère Raoul, qui fut quelques années co-propriétaire du moulin à farine, il avait épousé, le 30 mai 1922, Marie-Anna Roy, à Saint-Benoît. Faustin et Raoul appartenaient à une famille de 14 enfants vivants: 6 garçons et 8 filles.

 Ces Bretons dont le patronyme fait penser à la Bretagne, ont pour ancêtre Jean Hélie dit Breton, fils de Jean et de Jeanne Meusnier, du bourg de Meniarq, évêché de Saint-Malo (d'après un contrat de mariage devant le notaire Becquet, le 5 novembre 1669) se marie à Sainte-Famille de l'Ile d'Orléans, le 28 novembre 1669, à Jeanne Labbé, fille de Charles et de Marie François, de Saint-Leu et Saint-Gilles de Paris. (Eloi-Gérard, Vol. II, page 154).
 
 
 Un nouveau Beauceron fait son apparition en 1939. Il arrive de Saint-Aubert de l'Islet, à quelque deux cent kilomètres plus à l'est, sur les bords du fleuve Saint-Laurent.
C'est le nouveau propriétaire qui, héritera, à mon avis, d'un mécanisme désuet et qui à court terme flanchera pour de bon. Voici la copie du contrat d'achat de Gérard Bernier,
de Faustin Breton, en date du  24 août 1939, devant le notaire J.-Adélard Gilbert.

  Contrat: 24 août 1939 (Faustin Breton à Gérard Bernier)

 Pendant onze ans, du 13 décembre 1885 au 3 février 1896, le moulin à farine de Gérard Bernier, à Saint-Benoît-Labre,  était entre les mains de la famille Laflamme. C'est sûrement Borromée Laflamme qui en aura été celui qui l'aura lancé en opération pendant les 5 ans qu'il fut propriétaire, de 1888 à 1893. Les frère Raoul et Faustin Breton le garderont pendant 43 ans, de 1896 à 1939, et Gérard Bernier et ses héritiers seront propriétaires du lot 161 pendant 62 ans, de 1939 à 2001. Sous le règne de Gérard Bernier, le moulin à farine n'aura fonctionné que pendant neuf ans, 1939 à 1948, au moment où il dut fermer les portes de l'industrie pour se consacrer à l'agriculture.